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Ne faites pas travailler vos enfants pendant les vacances !

Faut-il faire réviser son enfant pendant les vacances scolaires? Voici ce que disent les sciences cognitives, et ce que la Librairie des Écoles vous conseille…

Chers parents,  

Les vacances de la Toussaint commencent bientôt et vous vous demandez peut-être comment faire travailler votre enfant pendant les vacances ? Ne va-t-il pas oublier ce qu’il a appris depuis la rentrée ? Et peut-être que les vacances seront l’occasion, comme vous serez plus disponible, de réviser avec lui ses lacunes ?  

N’y pensez plus ! Les vacances sont faites pour se reposer, jouer, se promener, passer de bons moments en famille. Ne gâchez pas ces instants précieux en l’inondant d’exercices de soutien … 

Non seulement vous ne l’aiderez pas à faire des progrès de cette manière, mais vous allez le décourager, lui qui n’a besoin que d’une chose : passer du temps avec vous.  

Je vous donne mon opinion sincère parce que je ne suis pas seulement éditeur de manuel scolaires. Je suis moi-même père de famille et j’ai commis cette erreur tant de fois !  

Que disent les sciences cognitives ?  

Déjà, sur votre rôle de parent. Patall, Cooper & Robinson (2008) et Hill & Tyson (2009) ont montré que l’implication parentale aide quand elle soutient l’autonomie et valorise l’école, mais elle peut nuire quand elle devient contrôlante ou anxiogène. 

Concrètement, voici quelques conseils tirés de la recherche :  

  1. La courbe de l’oubli (Ebbinghaus, 1885). Il est vrai qu’un savoir qui n’est pas réactivé régulièrement s’oublie rapidement, surtout dans les premiers jours. Deux semaines sans aucun contact avec un apprentissage récent (par exemple les tables de multiplications ou d’addition de septembre-octobre) peuvent suffire à l’oublier. C’est pourquoi il faut travailler chaque jour un peu.
  2. L’effet d’espacement (Cepeda et al., 2006, méta-analyse). C’est une réalité bien connue : des révisions réparties dans le temps consolident bien mieux qu’un bachotage intense à la dernière minute. Un quart d’heure par jour est plus utile que deux heures le dimanche du retour ! 
  3. L’effet test, ou pratique de récupération (Roediger & Karpicke, 2006). Relire ses leçons, ce n’est pas très efficace. Il vaut mieux chercher à se rappeler (réciter, refaire un calcul de tête, répondre à une question) car c’est cet effort, cette « difficulté désirable », qui va consolider le mieux l’apprentissage. Dans le cas où on y parvient, le simple fait d’avoir cherché l’information dans la mémoire va la fixer de façon encore plus durable ; si on n’y parvient pas, le retour à la leçon devient nécessaire mais dans ce cas, le cerveau est prêt à apprendre et donc plus efficace (Arnold & Mc Dermott, 2013).
  4. L’automatisation et la charge cognitive (Sweller ; Dehaene, Apprendre !, 2018). Au CP et CE1, les premiers décodages et les premiers calculs de tête sont encore fragiles. Or automatiser ces compétences est essentiel pour libérer la mémoire de travail – et permettre à votre enfant de se concentrer sur la compréhension ou la résolution de problèmes. 
  5. Le sommeil, le sommeil, le sommeil ! De nombreuses recherches l’ont montré : parce que le sommeil protège ce qu’on vient d’apprendre (Gais, Lucas&Born, 2006) il vaut mieux apprendre des notions nouvelles le soir (ou juste avant de dormir) mais ce n’est pas tout : pendant le sommeil profond, l’hippocampe rejoue les apprentissages de la journée et les transfère vers le cortex, où ils s’ancrent durablement (Rasch&Born, 2013) tout particulièrement chez les enfants (Wilhelm et al., 2013) Quant au sommeil paradoxal (plus présent en fin de nuit), il joue un rôle essentiel pour renforcer les savoir-faire (Karni et al. 1994) et la créativité (Cai et al. 2009). Bref profitez des vacances pour offrir à vos enfants de longues nuits de sommeil avec des horaires réguliers ! 
  6. Le volume de lecture (Anderson, Wilson & Fielding, 1988) et l’effet Matthieu (Stanovich, 1986). S’il existe une activité prédictrice de réussite scolaire, c’est la lecture (mais peut-on vraiment parler de travail 😊 ?) Le temps passé à lire hors de l’école prédit fortement les progrès, et les écarts entre bons et faibles lecteurs se creusent avec le temps. Lire un peu chaque jour pendant les vacances est probablement, avec le sommeil, la meilleure façon d’aider votre enfant. 

En conclusion : le mieux à faire pendant ses vacances est de dormir, de lire et de travailler 15 min/jour dans la mesure du possible. Si vous voulez éviter la courbe de l’oubli pour des apprentissages « tout frais », voici mes conseils :  

  • 10 à 15 minutes par jour de travail
  • De la lecture quotidienne (seul ou à voix haute)  
  • Des exercices de mémoire : calcul mental, récitations de poèmes ou de tables 
  • Révisez mais n’apprenez rien de nouveau 
  • Montrez-vous encourageant, et n’insistez pas en cas de résistance !  
  • De vraies nuits de sommeil à heures régulières.  

Et comme je n’oublie pas ma mission d’éditeur (😊), voici mes quelques recommandations conçues justement pour ces petits moments :  

Les Petits devoirs pour le travail quotidien 

Mon Premier… pour la lecture quotidienne  

Passez de bonnes vacances !  

Jean Nemo, Directeur général, La Librairie des Écoles