Manuel de lecture suivie - Le voyage d'Edgar Tome 1 - Marseille

Grand prix du roman de l'Académie Française

Lecture- CM1- CM2

ISBN : 978-2-916788-27-2
Auteur(s) : Édouard Peisson
Illustrateur(s) : Jean-Noël Rochut
Format : 17X25 cm
Papier : Papier couché mat 105 g/m2

En matière de romans scolaires, à la Belle Époque, l’offre est limitée en titres et l’oeuvre de G. Bruno, Le Tour de la France par deux enfants, est étudiée massivement au détriment d’autres productions. Dans ce domaine la période de l’Entre deux-guerres innove de deux manières. La première est de confier à des auteurs reconnus en matière de littérature pour adultes la tâche d’écrire pour les enfants. Ainsi, à titre d’exemple, René Bazin donne en 1923 Il était quatre petits enfants ; en 1938 Maurice Genevois publie Les Compagnons de l’Aubépin en même temps qu’Édouard Peisson offre Le Voyage d’Edgar ; et ce sont respectivement deux et quatre romans scolaires que donnent Charles Vildrac et Ernest Pérochon. La seconde nouvelle idée est d’adapter pour les jeunes des romans qui ont connu du succès chez leurs aînés. C’est le cas en 1932 tant avec Peau-de-pêche de G. Maurière qu’avec Jean-Christophe de Romain Rolland. Si Jacques Thibault, de Roger Martin du Gard, refondu par l’instituteur ardennais Marcel Lallemand, sort après la Libération, le travail de ce dernier sur le sujet a commencé en 1936. Certains romans scolaires du niveau cours élémentaire de la période dite des Trente Glorieuses sont toujours disponibles aujourd’hui
(quelques titres de Paul-Jacques Bonzon) ou le sont de nouveau (pour des livres d’Édouard Jauffret). Mais ils le doivent au fait que ceux qui en ont eu usage comme élèves sont encore là pour les réclamer. D’ailleurs c’est à la qualité des illustrations en couleurs de Raylambert, plus que pour le texte d’Édouard Jauffret, que l’ouvrage Au Pays bleu doit sa réédition, et la très grande majorité des lecteurs actuels de ce livre ont depuis très longtemps quitté les bancs de l’école !

La période phare du roman scolaire est incontestablement celle de l’Entre-deux-guerres et on s’accorde généralement pour considérer que, parmi la bonne cinquantaine de titres sortis uniquement en France entre 1920 et 1940, deux ont incontestablement gagné une place définitive dans le patrimoine de la littérature de jeunesse, leurs nombreuses rééditions venant le prouver (sous forme de roman scolaire ou de livre de bibliothèque classique sans appareil didactique). Il s’agit,
dans un cas, de Bridinette de Charles Vildrac, une histoire d’une petite Parisienne qui découvrant la campagne nivernaise décide d’y faire sa vie d’adulte. L’autre titre élu est le Voyage d’Edgar ; la dernière publication de ce livre datait de 1961 dans la légendaire collection Rouge et or. En 1951 l’Éducation nationale, la revue quasi officieuse du ministère éponyme, lançait un concours à l’adresse des cours moyen dont le Voyage d’Edgar sortait le grand vainqueur dans la catégorie large des livres de fiction pour la jeunesse. Dans son Guide de lecture : de quatre à quinze ans, Natha Caputo (membre du Prix Jeunesse) écrivait en 1968 au sujet de cet ouvrage « un enchevêtrement de récits de mer tout imprégnés de mystère et d’aventures où le fantastique côtoie le réel avec un art éblouissant. Ce livre ne ressemble à nul autre. On dirait que Peisson, assailli par mille choses à raconter, a voulu tout accueillir de ce qui envahissait son imagination. Et pour la magie de son talent, tout s’agglomère, s’ordonne parfaitement, dans un livre dont les thèmes répondent à toutes les aspirations de l’enfance ».
Si le texte d’Édouard Peisson a la force intemporelle des grands classiques, par contre l’iconographie devait trouver une touche d’originalité contemporaine pour mieux aider le jeune lecteur à entrer dans ce texte qu’il ne tarderait pas à trouver captivant. Jean-Noël Rochut a su rendre l’atmosphère particulière de scènes placées heureusement en tête de chapitre, ce qui donne envie à l’élève, avant d’entamer la lecture de celui-ci, de mieux comprendre le sens de cette illustration. Toutefois les dessins ne sont pas seulement en tête de chapitre, ils parsèment aussi le texte apportant des informations narratives ou culturelles. Dans les vingt-cinq dernières années ont été considérés comme romans scolaires des titres qui relevaient de la
méthode de lecture (comme Gafi le fantôme ou Ratus et ses amis) ou très rarement qui s’adressaient à des élèves de fin de cycle 2 (La Baleine blanche ou Picouic et Tigrelin). Le Voyage d’Edgar vient donc combler un vide car il est actuellement le seul roman scolaire à destination d’élèves de milieu et fin de cycle 3 disponible chez les éditeurs ; il allie une qualité d’écriture à une intrigue bien charpentée (autour de la recherche du père par son fils) et une connaissance profonde du monde maritime (à titre d’exemple, le passage qui évalue les meilleures cachettes possibles pour un passager clandestin est le fruit d’une grande expérience en matière de découvertes de ce type). L’univers marin a évolué, mais les informations proposées ici ont gardé toute leur valeur scientifique, l’imaginaire lié au domaine des voiliers tient toujours une grande place chez tous les lecteurs potentiels.

Alain Chiron
Membre de l’AFRELOCE (Association française de recherches sur les livres et objets culturels de l’enfance)

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