Manuel de grammaire CE1-CE2
La grammaire de référence : explicite, structurée, rigoureuse
168 pages en quadrichromie, couverture cartonnée, dos carré cousu.
ISBN : 978-2-916788-09-8
Auteur(s) : Annie Münzer, Françoise Candelier
Illustrateur(s) : Jean-Noël Rochut, Philippe Gady
Format : 17x25cm
Papier : Papier couché mat 105 g/m2
D'abord, les difficultés de ma vue m'interdisent de le lire intégralement ; et surtout, bien qu'ayant passé toute ma vie dans l'enseignement, je n'ai pas eu l'expérience des classes auxquelles le livre s'adresse.
Et pourtant je puis ici apporter un témoignage. Je puis dire, sans hésiter, que, pour les études qu'ils feront ensuite, et pour la vie en général, il est essentiel à mes yeux que les jeunes apprennent, de façon ordonnée et systématique, les structures de leur propre langue. Trop souvent, on leur en enseigne les rudiments un peu au hasard, et on les entraîne surtout à deviner. Sans doute est-il facile, et même utile, de deviner ; mais cela ne permet guère d'aller de l'avant. De même, si l'on propose à des enfants de compléter la phrase : « les oiseaux sont... », « les villes sont... », il est évident que la réponse est très facile et l'exercice dépourvu d'intérêt ; mais si cet exercice se fait sur toute une suite d'exemples (NDLR : voir les exercices 3 et 4 page 15), le rapprochement s'opère de lui-même, et tout naturellement, la notion se dégage et l'on perçoit l'existence d'une catégorie grammaticale (celle de l'adjectif), qu'il sera désormais précieux de savoir utiliser. De même pour l'accord de ces adjectifs ! Assimiler ces règles deviendra alors naturel et toutes les possibilités du langage s'amélioreront rapidement. - Et, pour la lecture, pour l'écriture, pour l'expression même de leur pensée, les élèves apprennent à dépasser l'art de deviner pour vraiment analyser.
Oui, c'est là le seul moyen pour faire que les éléments se mettent aussitôt à leur place, que les jeunes puissent varier et modifier l'expression, bien saisir ce qui leur est dit, comprendre les textes, et aussi, plus tard, se servir de cette maîtrise pour apprendre d'autres langues, les langues étrangères, dont le fonctionnement s'expliquera en fonction de celui du français. Quand les bases sont claires et bien maîtrisées, tout s'ouvre vers l'avenir et vers des richesses sans cesse accrues.
Cela ne veut pas dire qu'un tel apprentissage soit nécessairement ennuyeux, loin de là ! On a beaucoup trop voulu, je crois, distraire les enfants et les amuser, sans se soucier de leur véritable formation. À vrai dire, comprendre la valeur de chacun des éléments dont est faite notre langue, comprendre comment ils s'agencent entre eux, et percevoir comment chaque pièce varie comme varieraient les différents morceaux d'un puzzle un peu raffiné, ce peut être un très joli jeu, qui demande de l'attention, mais aussi de l'ingéniosité, et donne, avec l'amusement, la joie qu'il y a toujours à comprendre comment les choses marchent.
Mon ami Érik Orsenna avait écrit, il y a quelques années, un très joli livre intitulé La Grammaire est une chanson douce : c'était un livre délicieux et indiscutablement utile. Et j'aime, comme lui, la grammaire ; mais je dirais simplement que, pour une chanson douce, il faut un peu apprendre à chanter et que, si l'on veut varier sa chanson, la modifier, l'affiner, un peu de précision et d'entraînement ne serait pas du luxe. J'admets donc son titre, mais je dirais que, pour moi, au nom de l'enseignement, la grammaire me paraît être surtout le merveilleux apprentissage d'un art de s'exprimer et, par suite, de penser. Cette « chanson douce » est aussi le plus beau des apprentissages.
J'ajouterai qu'au passage s e précisent le vocabulaire et le contact avec les petits textes. À partir de l'analyse grammaticale, tout s'ouvre et permet de progresser.
L'enseignement du français, pour diverses raisons, est actuellement en crise. Ce devrait être pourtant là le souci majeur de l'instruction publique. Tout ce qui peut contribuer, de façon claire et, je le répète, systématique, à développer chez les jeunes le sens et le bon maniement de leur propre langue me paraît donc une tâche essentielle. Je le dis d'autant plus volontiers que - comme je l'indiquais au début - j'en juge par les résultats qui se font sentir dans les années qui suivent, et sans doute, dans la vie même des jeunes qui ont été plus ou moins bien préparés dans ce domaine si capital.
Jacqueline de Romilly, de l'Académie française