Manuel d'instruction civique et morale Cycle 3

Une approche de la morale par les textes

Instruction Civique et Morale- CE2 - CM1- CM2

ISBN : 978-2-916788-30-2
Auteur(s) : Chantal Delsol
Illustrateur(s) : Emmanuel Tchoukriel
Format : 17x25 cm
Papier : Papier couché semi-mat 90 g/m2

Ce Manuel d’ instruction civique et morale est conçu pour le cycle 3. Les Horaires des écoles maternelles et élémentaires de 2008 allouent, durant ce cycle, 78 h annuelles pour, conjointement, l’enseignement de l’histoire, de la géographie et de l’instruction civique et morale. Les Programmes d’enseignement de l’école primaire de 2008 stipulent, par ailleurs, que l’instruction civique et morale

« (…) conduit [l’élève] à réfléchir sur les problèmes concrets posés par sa vie d’écolier et, par là-même, de prendre conscience de manière plus explicite des fondements même de la morale : les liens qui existent entre la liberté personnelle et les contraintes de la vie sociale, la responsabilité de ses actes ou de son comportement, le respect de valeurs partagées, l’importance de la politesse et du respect d’autrui. » (1).

Si le cycle 2 est le moment où les élèves « découvrent les principes moraux »
(p. 19b), par exemple par le moyen des maximes, le cycle 3 permet d’organiser, de
clarifier, de structurer la prise de conscience « plus explicite des fondements même de
la morale ».


L’esprit et l’organisation de ce manuel


Ce manuel permet précisément de clarifier cette prise de conscience en mettant des mots simples sur des sentiments encore confus, pour pouvoir distinguer entre le bien et le mal, entre des notions voisines (telles que amitié et amour), ou entre des notions élémentaires et d’autres plus complexes (par exemple le rapport entre respect et amitié). En cela, il s’adresse à la raison de l’enfant et il s’agit bien d’apprendre à faire des choix réfléchis, à être responsable : bref, d’une instruction, c’est-à-dire de connaissance, et non simplement de l’acquisition d’une attitude. C’est, en quelque sorte, un traité de philosophie adapté aux enfants, ayant pour objectif de les convaincre de la nécessité du bien par une argumentation rationnelle. Si à cet âge les enfants ont la capacité de mesurer la responsabilité de leurs actes, encore faut-il que l’on fasse confiance à leur libre arbitre et à leur intelligence. La liberté est éclairée par la raison et ne se réduit pas qu’à une simple spontanéité.

Chaque chapitre présente des textes (deux ou trois la plupart du temps) dont la compréhension est facilitée par un travail de définition du vocabulaire (cette aide sera précieuse), et de questions permettant, progressivement, d’orienter la réflexion et la prise de conscience du problème moral posé par le texte. On ne saurait assez insister sur la dimension concrète que revêt cet enseignement de la morale grâce à ces questions. Suit la leçon à proprement parler qui, à l’intérieur de chaque chapitre, met en perspective et relie les questions propres des textes. Le travail ne s’y centre pas sur les maximes(2). Elles sont ici données thématiquement, à la fin de chaque chapitre, et ne résument pas forcément l’acquis de la leçon (3), mais permettent de poursuivre, d’approfondir la réflexion.

On soulignera l’importance du choix pédagogique de s’appuyer sur des textes
et sur leur compréhension approfondie car il révèle deux choses. D’une part, on voit ici
que l’étude de la littérature (4) ne se limite pas à être un support occasionnel pour l’enseignement de la grammaire ni plus tard pour l’étude de la rhétorique considérée comme
fin en soi et comme une catégorie esthétique. Non, la littérature apparaît bien ici, en
elle-même, comme un enseignement éthique. D’autre part, la leçon de morale à l’école élémentaire ne saurait prendre la forme d’un « cours magistral » mais elle doit au contraire
s’appuyer sur des situations (rapportées dans des textes) pour que l’élève comprenne et
apprenne ce qu’est le bien et le mal.

Mais au-delà de la forme de chaque chapitre, le profit que les maîtres tireront de ce manuel vient de son contenu, car les textes consonnent et se complètent. La complexité, ou l’enchevêtrement, des dimensions morales d’un problème est ici représentée par le lien qui unit les textes soumis à la réflexion de la classe. La « leçon » les resitue et présente cette dialectique subtile avec une clarté qu’on croirait toute enfantine si elle ne dissimulait une lucidité magistrale de ces sujets délicats pour la conscience dès leur niveau élémentaire – comme le virtuose rend invisible son art. Aussi croyons-nous devoir donner le conseil aux professeurs des écoles de bien vouloir prendre le temps (deux heures au plus) pour lire en les enchaînant le texte de ces leçons. Ils y trouveront le développement d’une pensée morale, simple et claire, sûre et progressive. Cela leur sera d’un grand secours sinon pour élaborer leur propre progression du moins pour se munir d’une boussole dans ces questions aussi complexes qu’essentielles et sises au coeur de chaque vie d’homme, dès l’enfance.


Les progressions possibles


Reste la question pédagogique, aussi prosaïque qu’impérieuse : comment utiliser ce manuel pour élaborer des progressions ? Rebondir sur un fait de vie de classe, avoir une histoire sur laquelle faire réfléchir les élèves pour en tirer une leçon de morale – où chacun, même et surtout le fautif, peut s’identifier en se mettant psychologiquement à distance de ses propres actes – sont des ressorts essentiels de cet enseignement au moins à court terme. Sur le long terme, il faut espérer que, parvenus au cycle 3, les maîtres n’auront pas l’année durant à rebondir ainsi. Et de ce point de vue la progression ici proposée servira de guide rigoureux et détaillé. Si les premières semaines de l’année constituent souvent une période où il faut rappeler les règles du « vivre ensemble », à partir du moment où le climat est apaisé, les ensembles (ou séquences) que l’on trouvera soumis selon un cheminement subtil fourniront l’architecture de cette « prise de conscience plus explicite des fondements de la morale ».

Donnons, pour finir, trois grandes pistes pédagogiques. On pourra, dès le CE2, s’attaquer (leçons 1 à 6) à ce qu’est la morale, la voix de la conscience, la règle d’or et la liberté (c’est-à-dire aux deux maximes données dans les programmes) puis à la devise de notre République (liberté, égalité ; fraternité est traitée en instruction civique). Cela instituera un fondement solide à cette instruction aussi bien, à n’en pas douter, qu’un ancrage concret et un écho dans l’esprit de chaque écolier. – On pourra ensuite se concentrer, à l’approche du CM1, sur l’explication de la morale sociale. Disons un mot de ce point de vue du chapitre 32, de amicitia. L’amitié et la camaraderie s’éprouvent dans la vie de l’élève et sont déjà très importantes à cet âge. Soulignons le recul qu’apporte après son expérience, la réflexion sur les tenants et les aboutissants d’une telle relation : cette leçon fait appel à nombre de notions étudiées auparavant (le partage, le secret, l’égalité, le respect et le pardon notamment). Elle est comme la clef de voûte de cet ensemble, le pivot vers lequel nous basculons définitivement dans le rapport aux autres et à la collectivité. – Pour aborder l’instruction civique, dont on trouvera ici l’essentiel de ce qu’il ne faut pas oublier à la fin du CM2(5), ne faut-il pas que les enfants aient compris qu’ils étaient des êtres libres et responsables, qu’ils avaient – pour le dire autrement – des droits et des devoirs ? Ce Manuel d’ instruction civique et morale présente ainsi l’originalité
d’être un « manuel d’instruction morale et civique » : les chapitres traitant de morale y sont largement majoritaires par rapport à ceux d’instruction civique. À cette progression de cycle se focalisant essentiellement sur la morale individuelle (leçons 1-24), puis sur la morale sociale (leçons 25-37) et enfin sur l’instruction civique (leçons 38-47), on pourra préférer une étude concentrique où les chapitres sont revus d’année en année. Pour aider dans cette progression, des crayons symbolisent le niveau de difficulté des textes (un crayon : facile, CE2 ; deux crayons : assez difficile, CM1 ; trois crayons : difficile, CM2). On prendra néanmoins garde de toujours aménager dans l’esprit des élèves le lien avec les autres dimensions du problème, ainsi que la leçon les rappelle, au risque sinon de sombrer dans l’impressionnisme pédagogique qui en morale comme ailleurs est dommageable et ferait perdre une grande partie de sa valeur
à l’usage de ce manuel. Selon une troisième piste pédagogique, on suivrait les regroupements opérés par le programme. On trouvera pour cela le rappel de ses éléments mis en correspondance avec les chapitres de ce manuel ci-après. La conformité aux programmes 2008 en sera d’autant plus évidente. Quel que soit le choix pédagogique des maîtres, ils sauront trouver ici un discours civique et moral court, simple, efficace, évident et cohérent. Faut-il rappeler que la pédagogie de l’évidence, en morale de surcroît, est des plus délicates ? Cette délicatesse et la maîtrise dont elle témoigne rejoignent et rappellent l’investissement d’un Ernest Lavisse en histoire, d’un Ferdinand Brunot en grammaire ou d’un Gabriel Compayré en instruction civique et morale justement – tous académiciens et rédacteurs de manuels du primaire. Le souci de l’enseignement élémentaire dont témoigne à son tour Mme Chantal Delsol, de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, permettra aux professeurs des écoles de sentir soutenu, quai de Conti, l’intérêt porté à leur mission.


Michaël DEVAUX

Ancien pensionnaire de la Fondation Thiers
Docteur en philosophie de l’Université Paris IV – Sorbonne
Professeur agrégé à l’I.U.F.M. de Basse-Normandie (Alençon), UCBN.

 

(1) Bulletin officiel de l'éducation nationale, hors-série n°3 du 19 juin 2008, p26b-27a. Les Horaires se trouvent aussi dans ce même numéro.

(2) Suite à la circulaire (n°2011-071 du 2 mai 2011) de Préparation de la rentrée 2011, on travaille au ministère de l'Éducation nationale à la mise au point d'un livret de maximes.

(3) Rappelons qu'une maxime enferme un grand sens en peu de mots. Sur le sens du terme maxime et son rapportaux adages, sentences proverbes, préceptes ou dictons, voir l'introduction de Maurice Maloux à son Dictionnaire des proverbes, sentences et maximes, Larousse.

(4) Et nous avons affaire ici aussi bien aux classiques d'Ésope, La Fontaine, les frères Grimm, ou Victor Hugo qu'au Céline du Voyage ou même à Robert Lamoureux.

(5) Autant l'instruction morale est précise et progressive pour le début du cycle, autant l'instruction civique apparaîtra comme un cours synthétique et assez dense. C'est une autre façon de servir de guide.

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